Go back[Untitled]
By an
Anonymous participant
Published in Shoebox #2Dear other person,
I’m afraid my disappointments in life define my vision of it. That
a lot of it would actually be an empty pocket. That I never have
enough time, or too much. That I always feel the lack of something. I wish there was a clearer map on how to access calm. I
wish I was less sensitive. I wish I still had my granny’s necklace.
That I was more sportive, more balanced. That I stopped biting my
nails, that I take better care of my plants. That I was closer to my
parents. That I wasn’t self-conscious about my knees. I wish I was
more patient. And then it hit me. I can’t remember ever wanting to
be anything.I need a tiny room for myself without any door.
It’s been quite some time I have the idea of writing you (given your
call for Shoebox2). What took me so long is probably my laziness
and disorganization, but mostly my hesitation to share something
so personal.
I started to smoke again.
Now I’ve just finished my working day and every atome of energy
left my body I feel like writing. Not sure this mail will be sent but I
surely want to talk to an other person.
How are you ? We’ve talked a bunch of times but you’re somehow
so abstract. It’s funny how we met and you disappeared. Given the
chance we have to meet again, it’s almost like you’re dead to me.
Answering your call is a way to reanimate you in the TV show that
my life is.
Ok, so. Where to start?
Earlier today I looked at my cigarette until it didn’t mean anything
anymore.
‘Can fish yawn?’
I think what I want to share is my chase for a piece of me we all
might have lost at the same place. We don’t know each other, and
that’s maybe why it’s easy to talk about this.
Anyway, and to make clearer my offer for a contribution to your
magazine, I’m gonna tell you a little secret; [title of the text] is actually the name of a text i wrote months ago when my head
was quite giving up on… well whatever can be good about the
world and the very fact of existing.
Introspection recently guided me to look at myself a little bit closer,
or actually to merge with the mirror. I’ve realized how much of my
own stranger I am. somehow talking about the rest of the world,
it’s escaping yourself.
I’m not sure how I want you to receive this mail, but in the context
of your magazine, I can see how I would have liked to cross the
following lines.
Take it as the testimony of a scared little girl. Or an anxious old
soul. The point is to capture the Hic et Nunc of this very moment
of life.
Where from my little room in The Hague,
I felt stuck in my own shoebox.
I’m the shoebox
[title of the text]
mamie a peur de mourir
Jardin qui ne fait pousser que des mauvaises herbes
Ma tête fourmilière
Je glisse un esprit dans ma poche et crie son nom aux oiseaux
Mais ma langue est fendue
Et mes pieds sont pris dans des étaux
Finis par aimer la fin
sentiment de la disparition
Vivre l’Apocalypse
De l’air, du bruit et des couleurs
La castration d’un été
Un printemps pour chaque chagrin
Je n’arrive pas à pleurer
L’arrêt subit n’aura rien de subit
Je t’attends
que quelque chose meurt pour que s’exacerbent mes sentiments
Pour être sûre que j’existe
Que je ne t’ai pas rêvé
Tu n’es que l’enveloppe translucide d’un État bien opaque
Celui d’un objet disparu
Renvoie moi à mon reflet
J’y verrai deux yeux noirs
Jolie petite histoire
Je tourne en rond et en moi même jusqu’à me heurter
à un rideau glacé
Le jour comme un relais, je t’envoie la balle.
Mais la balle c’est mon souffle et il est défaillant
Les parties du visages c’est des bijoux. Sales. Ta bouche en
collier, tes yeux partis. Ta poitrine un marécage
Capture, tourne, envole, arrache, tue, perd et retrouve moi.
Tu n’es pas vivant.
Attendre la fin comme la soupe refroidir.
Il ne reste du temps que pour ceux qui l’on oublié
Mes poches sont vides mais j’y mets des chapeaux.
Certaine qu’ils couvriront tout
Je veux coiffer tes angoisses, en faire des manteaux
Le son de la vie ralenti derrière les murs voisins
Les masses qui bougent ne sont que des ombres
derrière le paravent
Au fond c’est peut être tout ce qui ne sera jamais récolté
Un silence creux et irrémédiable
Peut être
Que résonne en moi une musique perdue
Ou abandonnée
Que fais-tu en ce moment ? - Je t’ai retrouvé mais tu n’es toujours pas là. Et seuls des échos vibrent autour de mon crâne, comme pour stimuler mon corps privé de toi.
Tu es nu.
Et tu donnes au vide une raison d’exister.
Je ne t’ai pas rêvé. Tes cendres seront immuables
Résous des choses en moi.
Résous moi, pour qu’enfin je me rencontre.
Entre elles, les feuilles au sol créent des images.
Et puis tout s’évanouit dans un vacarme insupportable
Je ne me suis jamais réveillée
Ma peau commencera à se craqueler et tomber. Mes entrailles et mon cerveau se degonfleront pour n’être plus qu’un tissu mou et ridé qui s’adonnait pourtant si fort à aimer.
Tu as disparu
Ou je t’ai rêvé
Térébenthine
Je cherche désespérément à trouver entre les lignes de ton livre le visage du garçon que je n’ai jamais rencontré.
Il ne m’écrit pas.
Tomber amoureux
Tomber malade
Ce qu’on sait de quelqu’un empêche de le connaître
Je suis un peut être
Un être qui peut mais qui n’y arrive pas
Ma main droite est une épave
Il y a dans le temps une substance qui me griffe
Attends.
Quoi ?
Pause
Pardonne moi.
D’être aussi malheureuse, d’attendre sans arrêt une raison de trouver les choses belles à nouveau.
D’avoir la mémoire cassée qui ne retient
que ce qui ne tourne pas rond.
De me sentir seule, en permanence.
De ne plus avoir l’impression d’avoir aucune attache au monde, de ne jamais être apaisée.
D’avoir mal au crâne.
De me sentir aussi vulnérable.
De ne pas savoir d’où est sensée venir l’envie d’être là. D’être en déséquilibre constant.
Que les nuages passent leur temps à me courir après.
D’être toujours face à une impasse. De ne jamais sentir que les choses suffisent. D’avoir besoin de tellement de temps pour me ressentir dans l’espace.
Pardon d’avoir tout et rien en même temps.
Malaise.
De pas vouloir parler. De pas savoir.
De rien savoir.
D’avoir la tête vide. Tout le temps.
Pardonne moi de te détester autant pour des raisons qui m’échappent, de détester tout ce que tu fais, tu penses dis et ressens.
Pardon d’oublier qui tu étais enfant et ce qui t’abîmais vraiment. D’oublier l’insouciance du bonheur. D’oublier la simplicité.
De ne pas arriver à enlever le cailloux de la chaussure,
le pull qui gratte.
Pardonne moi de te confondre avec une ombre morte.
Mes bras sont déjà gelés.
Tu es si petite dans une boîte de vide. On voit à peine la forme de ton corps. À peine la couleur de ton âme
qui s’agite faiblement à l’intérieur.
Pardon de ne pas ranimer le feu.
Le briquet est perdu et irretrouvable.
Pardon, pardon.
Tu n’as jamais trouvé en toi deux fois la même personne, pourtant toutes portent le poids d’une catastrophe ignorée.
Forme une croix avec tes mains, au moins elles seront quelque part. Fait des cercles avec la pointe de tes pieds. Regarde les. Donnent leur un sens. Cherche, cherche et trouve.
En regardant les surfaces, elles ne te disent plus rien, et tu tombes à travers leur fausse matérialité. Rien est étanche, pas même le corps ou mes mains qui écrivent. Je pense mais je ne suis pas.
Tu as oublié tellement de lieux. Ou ces lieux n’ont jamais existé, ce n’était que le décor glacial d’un rêve interminable.
Tu as tellement vu, et regardé. Cherché jusque sous le tapis un angle qui te plaisait.
Un matin après tant d’autres,
Ouvrir le cahier et voir qu’il est vide.
Qu’il ne porte que les traces d’une main tremblantes. D’une main épave et irresponsable.
On apprend pas à revenir enfant. Quel était ce visage,
et ces idées ?
Gifle les. Écrase et déchire tout comme un monde en pâte à modeler. Appuie là où ça fait mal, parce qu’au moins ça fait quelque chose. Retourne le plateau et détruis tes bras.
Pardon. Mais comment autrement ?
Rien n’est plus petit que ma tête, que ces pensées informes qui grattent aux parois. Je veux les vomir et les oublier.
Jamais la mort ne t’a si peu effrayé. Jamais la folie et les ténèbres n’ont semblé si grotesques.
Et tu t’excusera demain aussi.
Après tant d’années.
J’ai ouvert mon sac et il était vide. Ou il y avait des genres d’objets oubliés que personne ne comprend vraiment. Qui sont semi-imaginaires. J’me suis penchée pour les toucher et sentir leur poids dans ma main mais ils ont coulé entre mes doigts.
Oh, pardonne moi. Je ne sais pas te consoler. Parce que ton chagrin n’a pas d’odeur. Et ta douleur est silencieuse.
Combien de temps faut-il pousser une porte pour qu’elle s’ouvre?
Excuse moi.
Tu regardes partout et la distance qui te sépare des objets te désespère.
Tu as un grain de sable. Pourquoi tu pleures ? Tu ne vois meme pas ce que tu écris. Le trouble devient trouble.
Fatiguée d’être moi.
Pardon.
Mais c’est toi. C’est toujours toi. C’est dans les atomes qui forment ton corps et tu repousses tout le reste.
C’est toi qui laisse tes mains fondre, et ton cœur s’effacer.
Regarde encore une fois cette tasse jaune vif qui commence déjà à partir. Parce que les choses sont en chemin vers la disparition. Tu vas plus vite que tout le reste.
Balance ta tête en arrière et regarde à l’envers. Rien non plus ?
Tu as tellement vécu. Et tu as aimé. Si fort que ça faisait mal. Tu t’es tordu les chevilles en courant vers la joie. Où sont tes jambes?
Qui sont tes parents ?
Des ombres aussi.
Pardon. Il ne verront rien et toi non plus. Tu ne sauras jamais parce que c’est comme ça. Les choses sont absurdes et les réponses sont en désaccord.
Raccroche toi à ce qui a une forme. Retrouve tes mains. Fouille tes poches. Crie, fabrique une porte de sortie.
Pardon de t’oublier parce que mon crâne se rétréci. Pardon de ne pas t’aimer, d’être imperméable à la réalité.
Pause
Tu es terrifiée par le vide, pourtant il te constitue. Le monde
s’évanouit prématurément.
Pardon à tous ceux que jai voulu aimé.
Pardon et merci. D’avoir rendu le tout plus supportable. D’avoir agité mes cellules et excité mon cerveau carencé.
De m’avoir souvent privé du doute en
l’enveloppant d’un voile tendre.
J’ai été si heureuse, j’ai connu tant d’amour, d’innocence.
Pardon à ceux qui m’on touché. À ceux qui ont senti mon cœur.
Pardon parce que je n’ai rien voulu savoir.
Parce que je n’arrive pas à faire de ma vie une rébellion. Pardon parce que je suis têtue pour les mauvaises choses.
Parce que j’suis trop égoïste. Et que je pense être abandonnée de moi même, et puis des choses. Que rien ni personne ne comprendra, parce qu’il n’y a rien à comprendre.
Prenez ça pour ce que ça veut dire.
J’ai essayé de remplir ma vie de curiosité et d’un imaginaire qui me faisait échapper à une réalité qui m’était trop étrangère.
Le soleil ne tapait plus de la même manière, les couleurs toujours délavées. La nourriture et les surfaces comme des entités molles.
Pardon.
Parce que tout part d’un constat: se réveiller un matin et ne ressentir rien. Quels regrets pour une vie que j’ai passée assoupie? Comme la tête lourde un après midi d’été où pour mieux digérer le repas, je me suis allongée à l’ombre d’un chêne.
Jamais vraiment endormie ni éveillée.
Pardon à tout ce que je ne verrai pas. Le bruit de talons en bois dans une petite rue pavée, la couleur rouge vif de l’école primaire, l’odeur des oranges, le vernis écaillé, les mains chaudes, les rires.
Oh.
Les formes, les ombres, le vent dans les arbres. Merci. J’ai trouvé dans le vide des détails un moyen de me laisser aller au monde au moins un peu.
Merci aux textes, aux mots et aux livres.
Merci à Camus, Pamuk et Rilke.
L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde.
Putain.
Pardon, pardon.
Mais l’excuse que je demande à l’univers est déjà évaporée.
Il ne reste plus rien.
Ni douleur ni passion.
Pause
Je est un autre.
Une vie en désastre
Voilà. Feel free to use this text for the magazine but please and I insist : make it anonymous.